Skip to content

Shtetl au soleil

Vers la fin des années 70, plus de 20 000 personnes juives aînées, dont beaucoup d’entre elles avaient survécu à l’Holocauste, provenant du Canada ou de grandes agglomérations américaines, se sont installées à South Beach, en Floride : un quartier bien connu de Miami, niché entre la baie de Biscayne et l’océan Atlantique. Ce quartier, d’à peine deux mille pieds carrés, est devenu une version moderne de ces anciens shtetls, petites communautés tissées serrées à majorité juive, répandus dans toute l’Europe de l’Est avant la Seconde Guerre mondiale.

Shtetl au soleil, prêtée par le Jewish Museum of Florida-FIU, saisit affectueusement la féroce étrangeté de ce quartier sous le regard d’Andy Sweet, un des jeunes photographes américains les plus talentueux de la fin des années 70. Pris entre 1977 et 1980, les images de Sweet illustrent une esthétique distincte et un moment culturel de South Beach : un riche défilé de vies qui se déploie à travers les chroniques paparazziennes de Dean Martin sur la plage dans les années 50 et 60 à la vogue de Madonna dans les années 90. Ses photographies brisent le stéréotype de South Beach comme « salle d’attente de Dieu ». Ses images captent plutôt la vie quotidienne de la communauté; des balades à la plage aux plaisirs de la charcuterie typique, en passant les soirées calientes de cha-cha.

Pour la grande première au Canada de Shtetl au soleil, le Musée propose une confrontation avec les sculptures espiègles du céramiste contemporain canadien Jonah Strub. Irrévérencieux, extravagants et kitsch, les personnages de Strub semblent sortis tout droit des décors bonbon du film Sweet. Les œuvres de ces deux artistes mettent en lumière ce phénomène emblématique des juifs nord-américains, le snowbird, qui traverse le temps, les régions et les générations.

Andy Sweet (1953-1982) a grandi sur North Bay Road, non loin de South Beach. À l’âge de 12 ans, il a transformé une petite pièce de sa maison en une chambre noire. Son père Chick était juge et sa mère Audrey était la fille d’hôteliers qui avaient ouvert les hôtels Monte Carlo et Royal Palms à Miami Beach. Andy a étudié à l’Université de South Florida à Tampa, où étudiait déjà sa sœur Ellen. Il s’est avéré un maître de la chambre noire, capable d’y entrer à minuit avec une boîte de 50 feuilles argentiques et d’en sortir au matin avec 49 tirages parfaits.

Après sa maîtrise en beaux-arts à l’Université du Colorado, à Boulder, Andy est retourné à South Beach, vers ces beaux visages mûrs, avec le sentiment peut-être que cet univers allait bientôt disparaître. Sa mort précoce et violente a trop souvent fait oublier son œuvre produit pendant sa brève carrière. Les images de South Beach d’Andy, photographe de rue sensible et instinctif, rassemblées dans Shtetl in the Sun, rendent hommage à ces gens qui ont vécu en profitant des plaisirs de leur époque, saisissant parfaitement la chaleureuse joie de vivre qui animait cette communauté.

 

Jonah Strub (né 1996) est un artiste juif gai de Toronto qui se consacre principalement à la sculpture de céramiques. Son travail est une déclaration d’amour au théâtre musical, kitsch et maniéré, à l’humour yiddish et à l’art du travesti. Il explore sa propre féminité à travers l’humour queer traditionnel et l’esthétique juive. Jonah aborde des thèmes comme les grand-mères chics, les personnages « trop mignons » et les autoportraits sublimés. Il surimpose souvent son visage sur ses pièces, accompagné de motifs débridés, d’une imagerie exubérante et festive, pour se célébrer lui-même comme un objet kitsch accompli. Jonah cherche à établir un dialogue autour de la masculinité, la féminité, les boulettes de matzo et les coiffures extravagantes, en mêlant humour, couleurs vives, imprimés animaliers et poils, pour affirmer l’harmonie de ses identités juive et queer.

Jonah détient un baccalauréat en art de l’Université de Guelph, spécialisation peinture à l’huile et sculpture. Il a découvert la céramique lors d’un échange à Brême, en Allemagne, en 2019, devenant immédiatement fou de ce médium. Il a aussi reçu un certificat en illustration et en bandes dessinées du George Brown College en 2022. En 2023, il a participé au Programme de résidence pour artistes en émergence de Banff. Jonah a exposé partout au Canada et ailleurs, notamment à la Canadian Clay and Glass Gallery, l’Art Gallery of Burlington, The Artist Project et dans de nombreuses galeries en Allemagne et aux États-Unis.

In Collaboration With

This exhibition was presented in collaboration with the Jewish Museum of Florida (FIU). 

  • Logo for the Jewish Museum of Florida

BACK RIVER

En tissant des liens entre les thématiques de la perte, de la mémoire, de la communauté, et des paysages urbains, BACK RIVER contemple l’oubli et permet le souvenir.

Le titre de l’exposition des œuvres de Sonia Bazar, BACK RIVER, s’inspire du nom de l’un des plus anciens cimetières juifs de Montréal, les jardins Mémorial Back River. Établi dans les années 1880 dans le quartier d’Ahuntsic, ce cimetière est l’un des premiers établis par les immigrants juifs de première génération au Canada. Construit en terrain marécageux pour accueillir une communauté immigrante croissante, le cimetière occupe aujourd’hui une place particulière et intrigante dans le paysage urbain montréalais.

Au sommet de ses activités dans les années 1920 et 1930, Back River périclite jusqu’à son quasi-abandon vers la fin du 20e siècle. C’est alors que la communauté juive s’intéresse à la restauration de ce site historique dans les années 1990. Il est encore en usage actuellement, notamment pour l’inhumation de personnes dans le besoin. Cependant, son terrain d’origine marécageuse et les changements climatiques rendent son entretien et sa conservation très exigeants. Par ailleurs, le développement urbain de Montréal a aussi transformé le cimetière Back River. Ses deux sections, l’ancienne et la nouvelle, sont séparées par la rue Sauvé, avec la station de métro Sauvé sur l’intersection qui traverse le site. La ligne de métro, de fait, a été construite directement sous le cimetière dans les années 1960.

La fragmentation physique du cimetière et son embourbement dans le paysage urbain témoignent de son histoire, qui demeure peu connue de la communauté juive du quartier ou de la majorité de ses résidents québécois francophones ou de ses nouveaux arrivants. Le travail de Sonia Bazar tente de surmonter les défis que pose la reconstitution de la fondation, l’évolution et le quasi-abandon du cimetière Back River. Pour l’artiste, dont des membres de sa famille y sont inhumés, cette recherche est devenue un acte d’archivage et de création d’un espace identitaire intime. Cela dit, la rareté, voire l’absence, d’informations demeure un aspect important de l’histoire du cimetière et de la mémoire de ses occupants.

À travers sa recherche et sa création, nourries à des sources d’archives et par des témoignages oraux, Bazar invite à nous inscrire dans les archives contemporaines du cimetière, alors qu’elle réinvente ses 140 ans d’histoire par ses photographies, ses installations et ses sculptures.

Partenaires et sponsors

Sonia Bazar et le Musée juif de Montréal remercient le Conseil des Arts du Canada pour son soutien. Nous remercions Bétonel-Dulux pour son don de matériel d’exposition. L’artiste souhaite également remercier Maryam Pourarya, la Galerie McClure, Dr Anna Sheftel, Romy Shoam, Naomi Frost, le conseil d’administration et le personnel du cimetière de Back River, Dr Julius Erdstein, et toutes les personnes qui ont participé aux entrevues.

Le passé devant soi

Comment l’exploration d’archives familiales peut-elle transformer notre compréhension du présent collectif ?

Le passé devant soi aborde le sujet en examinant comment la mémoire de l’artiste jette un nouvel éclairage sur son histoire personnelle, la réinvente et la valorise.

Dans un désir cathartique, les tableaux d’Arnie Lipsey bousculent la ligne du temps, provoquant la collision entre le passé, le présent et l’avenir. Chaque œuvre est construite à partir d’une photographie de famille à laquelle s’attachent divers thèmes, la guerre, la survie, l’immigration, la vie quotidienne, voire les loisirs. Les tableaux de Lipsey dépeignent la vie quotidienne juive en Europe de l’Est et à Montréal, du point de vue de sa famille, soulignant des anecdotes transmises de génération en génération, tour à tour tendres, réconfortantes, drôles ou troublantes.

Dans l’esprit du réalisme magique, les compositions oniriques de Lipsey jonglent avec la fantaisie et la réalité. Des teintes saturées remplacent le noir et blanc des sources photographiques et les personnages évoluent dans des décors surréalistes et anachroniques. En tentant de combler les trous de la légende familiale, les compositions de Lipsey semblent naturellement attirées par l’absurde et le surréalisme. Ses tableaux interrogent le potentiel de l’art comme moyen de saisir une mémoire ancestrale qui n’appartient pas complètement uniquement à soi.

Pour certaines familles, en particulier celles qui, ayant vécu un déplacement, ne possèdent que peu d’archives, l’album photographique familiale devient un objet privé, voire sacré. Les couleurs vives de Le passé devant soi proposent des façons alternatives de préserver la mémoire familiale.

Mon travail explore un paysage intérieur, en fouillant l’imagerie à la recherche de sens et en tentant de comprendre le présent à travers l’examen du passé. Mes peintures recourent au portrait, à la narration, à l’imagerie onirique psychanalytique et à l’association libre pour aborder des questions d’identité, d’histoire familiale et de relation entre le personnel et l’universel. Je m’appuie sur des photographies de famille d’archives comme point de départ de cette réflexion sur les schémas psychologiques qui sous-tendent les mythologies familiales. Les thèmes de la guerre, de la survie, de l’immigration et du traumatisme de la deuxième génération sont également abordés. Il subsiste encore des échos d’une enfance passée dans l’univers culturellement divisé du Montréal juif.

Je réinterprète des documents d’origine en noir et blanc pour en faire des images en couleur, renforçant ainsi l’impact visuel tout en faisant revivre le passé dans le présent. À travers cette exploration à plusieurs niveaux des dynamiques familiales et de la biographie, le spectateur peut dans un premier temps percevoir ces images comme inoffensives ou nostalgiques, avant de voir son sentiment de réconfort bouleversé par des éléments surréalistes, tantôt humoristiques, tantôt inquiétants. Le spectateur est invité à découvrir les nuances émotionnelles de la famille d’autrui, puis à les mettre en relation avec sa propre histoire. Mes peintures sont imprégnées de réalisme magique et s’inspirent également du néoclassicisme, de la publicité commerciale, de l’illustration de livres d’histoires et d’une sensibilité au design façonnée par ma carrière dans l’animation.

Intimité publique

Où se situe la frontière entre le public et le privé ?

Consciemment ou non, nous jonglons constamment avec cette question lorsque nous évoluons chaque jour à travers la société. Selon l’heure, le lieu et l’environnement, les définitions collectives et individuelles du privé et du public bougent constamment. Intimité publique nous invite à réfléchir à ces définitions changeantes et leurs déplacements subtils.

Les œuvres qui composent cette exposition proviennent toutes d’un espace domestique authentique. Les rideaux usagés ont été recueillis dans des foyers de toute l’Allemagne, comme ceux des photographies accrochées dans l’exposition. Les tissus et les façades photographiées illustrent des structures domestiques utilisées pour diviser les espaces publics et privés. Le rideau, concrètement et symboliquement, souligne les fines divisions et le changement de cadre lorsque l’espace privé se révèle publiquement. Si le rideau offre un refuge contre le monde extérieur, il peut aussi nous dissimuler ou nous couper de ce qui se passe sous nos yeux.

Sophia Hirsch et Johannes Mundinger ont créé ces œuvres à partir d’objets tirés d’espaces domestiques de Berlin, Offenburg et d’autres villes allemandes, qui témoignent d’un contexte géographique portant encore une histoire de violence civile et étatique, celle de l’Holocauste, mais aussi celle de la résurgence actuelle de l’antisémitisme et de la xénophobie véhiculée par les mouvements néonazis et d’extrême droite. Par ailleurs, nos sociétés toujours plus connectées, et dans le sillage d’une pandémie mondiale en plus, ont suscité de nouveaux espaces, mais aussi des considérations inédites sur nos comportements et notre discours en ligne et dans la vraie vie. Où et quand pouvons-nous tirer les rideaux ? Que masquent-ils maintenant ?

En portant leurs regards sur la réalité de leur propre société, le travail des artistes nous invite à considérer de même nos propres « rideaux », le tracé de leurs contextes.

Les rideaux servent souvent à séparer l’intérieur de l’extérieur, la sphère privée de la sphère publique. Ils agissent comme les paupières d’un appartement, pour en protéger l’intimité. Par ailleurs, ils permettent de fuir le regard des autres, d’échapper un moment au contrôle de la société.

En revanche, en allemand, l’expression « die Vorhänge zuziehen », équivalente à « tirer les rideaux », est souvent utilisée pour désigner les personnes qui choisissent de détourner le regard, de ne pas s’engager dans les événements actuels. Nous souhaitons explorer l’écart entre les possibles libertés individuelles et l’ignorance des réalités sociales plus larges.

Cette figure silencieuse, spectatrice très (in)active de sa vie personnelle ou des événements historiques, est le déclencheur de ce projet. Cette figure derrière le rideau qui ne fait pas grand-chose d’autre que de regarder les événements se déployer devant elle, cachée, à l’insu des autres, mais qui influence pourtant grandement le cours de l’histoire.

Les rideaux proviennent de différentes origines : des morceaux donnés, trouvés dans des bâtiments abandonnés, achetés d’occasion, de tissus et motifs divers, mais chacun fut choisi par quelqu’un comme l’objet parfait.

Les personnes qui visitent l’installation sont invitées à y circuler pour mieux explorer l’espace physique qu’elle propose. On peut aller d’un rideau à l’autre, mais en acceptant le risque de se retrouver face à face à quelqu’un d’autre. On peut choisir de demeurer à part, mais aussi de s’y regrouper, d’y tracer un parcours personnel ou d’y créer de nouveaux espaces.

Sponsors

We acknowledge the support of the Conseil des arts de Montréal and the Consulate General of the Federal Republic of Germany in Montréal. 

  • Conseil des arts de Montréal logo
  • German Consulate of Montreal Logo

Contact Us