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Récits de synagogues: Italie

Récits de synagogues : Italie

Bienvenue sur Récits de synagogues : Italie

C’est une ressource numérique qui vient compléter l’événement officiel parallèle du Musée juif de Montréal à la Biennale de Venise : « Nabatele » une installation en plein air réalisée par Anna Kamyshan.

Dans ces récits, qui mettent en lumière les synagogues d’hier et d’aujourd’hui à Montréal, en Italie, ainsi que dans l’ancienne Zone de résidence et les régions avoisinantes situées sur les territoires actuels de la Pologne et de la Lituanie, les lecteurs reconnaîtront certains aspects de « Nabatele » à travers des références architecturales et la vie qu’elle pourrait abriter. Couvrant la géographie, la tradition et le temps, ces synagogues sont bien plus que de simples lieux de culte; elles sont également des lieux de mémoire collective, de résilience et d’appartenance. Pour les synagogues qui n’existent plus, l’héritage de leurs fidèles devient leur « Ner Tamid » ultime – la lumière éternelle et immuable, que l’on retrouve sous la forme d’une lampe brûlant en permanence dans toutes les synagogues.

Ici, tournez votre attention vers l’Italie, en mettant en avant des synagogues telles que la synagogue de Cuneo (Sinagoga di Cuneo), la Grande Synagogue de Rome (Tempio Maggiore), la Grande Synagogue de Trieste (Tempio Israelitico di Trieste) et la Grande Synagogue allemande (Scuola Grande Tedesca).

La synagogue de Cuneo (Sinagoga di Cuneo)

La synagogue de Cuneo, située dans la région alpine du Piémont, en Italie, près des frontières avec la Suisse et la France, occupe toujours le même bâtiment que celui qui abritait autrefois le ghetto juif. Si la synagogue et le ghetto ont tous deux été construits en 1611, son aspect actuel remonte à 1884, date à laquelle, à la suite de l’unification de 1870, il a enfin été décidé de rénover le bâtiment. L’émancipation du peuple juif avait eu lieu près de vingt ans auparavant, en 1848.

À la fois sobre et élégante, la façade présente deux portes voûtées en bois foncé, encadrées de pierre et surmontées de deux fenêtres. Elle est flanquée de deux colonnes corinthiennes soutenant une corniche sur laquelle figure une inscription en hébreu tirée du Livre de l’Exode : « Ils me construiront un sanctuaire, et j’habiterai parmi eux. »

La salle de prière se trouve au deuxième étage et est richement décorée de fresques élégantes et d’un plafond en trompe-l’œil qui donne l’illusion d’une coupole. L’agencement intérieur, réaménagé à la fin du XIXe siècle, comprend des rangées de bancs tournés vers la Tevah, l’estrade surélevée d’où est célébré le service, et l’Aron ha-Kodesh, l’Arche sainte qui abrite les rouleaux de la Torah. L’Aron ha-Kodesh de style baroque, achevé en 1783, est orné d’une grande menorah et de symboles du Temple de Jérusalem. Inaugurés en 2015, les étages inférieurs de la synagogue abritent la bibliothèque « Davide Cavaglion » et le Centre d’études sur les Juifs du Piémont.

L’une des particularités les plus marquantes de la synagogue est un boulet de canon non explosé encastré sous la Tevah, qui a frappé le bâtiment lors du siège austro-russe de 1799 mais n’a pas explosé. Pour commémorer cet échappé miraculeux, la communauté juive a instauré une fête locale connue sous le nom de « Pourim de la bombe ».

À l’extérieur, la cour conserve encore le four historique qui servait autrefois à cuire le pain azyme, ou matzah, pour Pessah (la Pâque juive).

La Grande Synagogue de Rome (Tempio Maggiore)

Entre les rives du Tibre et le Portique d’Octavie, édifice monumental de la Rome antique, se dresse la Grande Synagogue de Rome, également connue sous le nom de Tempio Maggiore. Le bâtiment occupe l’un des quatre pâtés de maisons créés après la démolition du ghetto juif, où les Juifs furent confinés par décret papal de 1555 à 1870.

L’histoire de la synagogue est étroitement liée aux changements politiques et sociaux qui ont conduit à l’émancipation des Juifs en 1848 et à la transformation de Rome et de l’Italie après 1870. En 1889, un concours fut lancé pour la conception du bâtiment, mais celui-ci ne fut inauguré qu’en juillet 1904. Conçu par l’ingénieur Vincenzo Costa et l’architecte Osvaldo Armanni, le Tempio Maggiore devint ainsi à la fois un symbole de la libération juive et un nouveau monument emblématique de la ville, désormais capitale de l’Italie nouvellement unifiée.

La synagogue présente un plan en croix grecque et est couronnée d’un dôme caractéristique en aluminium à base carrée. Ce dôme est éclairé par douze fenêtres et peint aux couleurs de l’arc-en-ciel, entrecoupées de palmiers et de cèdres, tandis que les plafonds sont ornés de ciels étoilés. Le bâtiment est conçu dans un style éclectique, alliant des influences de l’architecture grecque et assyrienne à des éléments de l’Art nouveau.

Les murs intérieurs sont richement décorés d’élégants motifs floraux dans diverses nuances d’or. La lumière naturelle filtre à travers les vitraux situés au niveau des galeries réservées aux femmes, soutenues par de robustes colonnes. Sous ces galeries, les nefs latérales conservent un mobilier en marbre de grande valeur datant des XVIe et XVIIe siècles. Ces éléments d’ameublement appartenaient à l’origine aux Cinque Scole (les cinq synagogues), les anciennes synagogues du ghetto romain qui furent démolies après la construction du Tempio Maggiore.

Aujourd’hui, le Tempio Maggiore continue de symboliser le lien profond qui unit la communauté juive de Rome à la ville elle-même, témoignant d’une histoire commune marquée par des changements culturels, sociaux et politiques qui ont façonné les deux au fil des siècles.

La Grande Synagogue de Trieste (Tempio Israelitico di Trieste)

Les premières traces d’une présence juive à Trieste remontent au XIIIe siècle, même si la communauté s’est considérablement développée au cours du XVIIIe siècle grâce aux privilèges progressivement accordés aux Juifs par la dynastie des Habsbourg. Sous la domination des Habsbourg tout au long du XIXe siècle, Trieste s’est épanouie pour devenir l’une des villes portuaires les plus importantes et les plus cosmopolites de l’Empire austro-hongrois. En 1746, la première des quatre synagogues de la ville fut inaugurée, mais à mesure que la communauté s’agrandit, un lieu de culte plus spacieux et plus représentatif devint nécessaire.

En 1903, la communauté juive de Trieste a lancé un concours pour la conception d’une nouvelle synagogue et, en 1906, a chargé l’architecte Ruggero Berlam, assisté de son fils Arduino, de concevoir l’édifice.

Inaugurée en 1912, la synagogue est un édifice monumental au plan presque cubique. Ses façades latérales se distinguent par deux grandes rosaces ornées d’un motif décoratif inspiré de l’étoile de David, dont les vitraux inondent l’intérieur de lumière naturelle. Au fond de la salle de prière se dresse une grande abside surmontée d’un demi-dôme recouvert de mosaïque dorée, abritant le monumental Aron ha-Kodesh – l’Arche sainte qui renferme les rouleaux de la Torah. Ses portes en cuivre et en bronze sont surmontées d’une édicule en granit rose supportant les Tables de la Loi sculptées dans du marbre de Carrare et flanquées de deux grandes menorahs en bronze à sept branches. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue a été vandalisée par les fascistes et, sous l’occupation nazie, elle a servi de dépôt pour les livres et les œuvres d’art confisqués aux familles juives.

Aujourd’hui, la synagogue de Trieste est l’une des plus grandes d’Europe et reste le centre religieux de la communauté juive de la ville. Sa liturgie allie les traditions ashkénazes et séfarades, préservant ainsi l’héritage des quatre synagogues historiques qui ont été remplacées par ce nouveau bâtiment au début du XXe siècle.

La Grande Synagogue allemande (Scuola Grande Tedesca)

Avant la création du ghetto de Venise (1516), les synagogues étaient installées au sein de demeures privées ; ce n’est que plus tard qu’elles sont devenues des lieux de culte autonomes. La plus ancienne synagogue construite après la création du ghetto de Venise est la Scuola Tedesca (vers 1528), qui suit le rite ashkénaze. Depuis lors, la synagogue a fait l’objet de plusieurs rénovations ; la dernière a eu lieu au XIXe siècle, et la synagogue a cessé ses activités régulières en 1917.

La synagogue est installée dans un bâtiment préexistant. Son extérieur se distingue par sa façade sobre à cinq fenêtres et par ce qu’on appelle le « liagò », situé du côté opposé de la synagogue : il s’agit d’une structure en saillie typique de l’architecture vénitienne. À l’intérieur, le « liagò » correspond à l’espace abritant l’Aron ha-Kodesh (Arche sainte). Cette caractéristique se retrouve également à la Scuola Canton, à la Scuola Italiana et à la Scuola Levantina.

L’Aaron ha-Kodesh de la Scuola Tedesca date de 1672 et est réalisé en bois doré. Son extérieur est orné de motifs floraux, tandis que l’intérieur est décoré des Dix Commandements incrustés de nacre.

La bimah de la Scuola Tedesca – la tribune surélevée d’où l’on lit la Torah et où se déroule le service religieux – est surmontée d’un dais soutenu par huit colonnes décorées. Des bancs sont disposés le long de ses côtés, suivant la disposition bifocale caractéristique des synagogues vénitiennes. Comme c’est souvent le cas dans les synagogues italiennes, la bimah et l’Aron ha-Kodesh se font face sur des murs opposés, la congrégation étant assise sur les côtés et tournée vers l’allée centrale. La galerie réservée aux femmes se trouve à l’étage supérieur et entoure la salle centrale, surmontée d’une lanterne qui diffuse une lumière vive à l’intérieur.

En 2016-2017, le World Monuments Fund a restauré la synagogue et, en 2020, celle-ci a rouvert ses portes au culte pour accueillir les prières de Yom Kippour. À cette occasion, le shofar – la corne rituelle généralement fabriquée à partir d’une corne de bélier – y a retenti pour la première fois depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, les visiteurs peuvent découvrir la Scuola Tedesca dans le cadre du parcours proposé par le Museo Ebraico di Venezia.

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