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Récits de synagogues : Montréal

Récits de synagogues : Montréal

Bienvenue à Récits de synagogues : Montréal

Bienvenue sur « Récits de Synagogues », une ressource numérique qui vient compléter l’événement officiel parallèle du Musée juif de Montréal à la Biennale de Venise : « Nabatele » une installation d’Anna Kamyshan.

Dans ces récits, qui mettent en lumière les synagogues d’hier et d’aujourd’hui à Montréal, en Italie, ainsi que dans l’ancienne Zone de résidence et les régions avoisinantes situées sur les territoires actuels de la Pologne et de la Lituanie, les lecteurs reconnaîtront certains aspects de « Nabatele » à travers des références architecturales et la vie qu’elle pourrait abriter. Couvrant la géographie, la tradition et le temps, ces synagogues sont bien plus que de simples lieux de culte; elles sont également des lieux de mémoire collective, de résilience et d’appartenance. Pour les synagogues qui n’existent plus, l’héritage de leurs fidèles devient leur « Ner Tamid » ultime – la lumière éternelle et immuable, que l’on retrouve sous la forme d’une lampe brûlant en permanence dans toutes les synagogues.

Ici, portons notre attention sur Montréal, où se trouvent des synagogues telles que la Bagg Street Shul, la synagogue espagnole et portugaise, Tifereth Jerusalem, le Temple B’nai Jacob et la Congrégation Shaar Hashomayim.

La synagogue de la rue Bagg (Temple Solomon)

Nichée dans le quartier du Plateau à Montréal, la congrégation Temple Solomon est la plus ancienne synagogue de Montréal en activité continuelle qui occupe toujours son bâtiment d’origine (au coin des rues Bagg et Clark depuis 1921). Mieux connue sous son nom familier, la « Bagg Street Shul », elle évoque, par sa taille modeste et ses murales intérieures peintes à la main, l’artisanat local caractéristique de la vie juive d’Europe de l’Est dans les petites colonies ou shtetls. Dans des villes comme Montréal, elle incarne la mémoire architecturale de la diaspora, transmise principalement par les immigrants juifs ashkénazes (c’est-à-dire d’origine d’Europe de l’Est).

À l’époque de sa fondation, la Bagg Street Shul comptait parmi les deux douzaines de petites synagogues de ce type, également appelées « shuls » ou « écoles » en yiddish, situées dans l’ancien quartier juif de Montréal, alors très densément peuplé. Ces shuls étaient représentatives des tendances en matière d’immigration et d’établissement des Juifs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle au Canada et aux États-Unis. Au début du XXe siècle, les congrégations montréalaises les plus aisées, les mieux intégrées et les plus anglicisées se sont déplacées vers l’ouest, quittant ce que l’on appelle aujourd’hui le Vieux-Montréal et le quartier chinois. Parallèlement, la population juive de Montréal récemment immigrée, issue de la classe ouvrière et parlant le yiddish, y compris ceux qui fréquentaient à l’origine la synagogue de la rue Bagg, a migré vers le nord le long du boulevard Saint-Laurent. Cette rue, également connue sous le nom de « The Main », constituait l’épine dorsale du quartier historiquement juif de la ville.

Aujourd’hui, les visiteurs de la synagogue de la rue Bagg remarqueront immédiatement son intérieur d’origine, préservé avec soin, emblématique de nombreuses synagogues que l’on trouvait dans la Zone de résidence. Le bâtiment présente un intérieur en bois avec du mobilier encastré, des sculptures en bois minutieuses – notamment l’arche de la Torah où sont conservés les rouleaux sacrés de la Torah ou les textes sacrés juifs – ainsi qu’une série saisissante de peintures murales représentant le zodiaque juif, peintes le long de la base de la galerie réservée aux femmes. Ces murales, qui font face au sanctuaire principal, ont été réalisées par un père et son fils de la famille Shadewasser et se distinguent par un mélange unique de symbolisme juif et canadien.

Faisant référence à l’assertion du deuxième commandement, qui interdit de représenter les créatures de Dieu, les Shadewasser ont remplacé les figures humaines par des animaux tels que le bison et le renne, une solution assez fréquente utilisée pour orner les lieux de culte juifs tout en respectant les restrictions traditionnelles relatives aux images. La richesse et le dynamisme de ces détails décoratifs reflètent la profonde fierté que cette communauté et cette congrégation éprouvaient et continuent d’éprouver pour leur synagogue. Reconnue comme site du patrimoine du Québec, la synagogue continue de prospérer grâce à ses membres dévoués et aux nombreux visiteurs occasionnels qui franchissent ses portes chaque année.

La synagogue espagnole et portugaise (Shearith Israel)

Fondée en 1768, la synagogue espagnole et portugaise, ou Shearith Israel, détient le titre de plus ancienne congrégation juive au Canada. Lorsque la France a cédé la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne en 1760, l’interdiction faite aux Juifs de s’établir dans la colonie a été abolie, ce qui a attiré des vagues de colons juifs. La synagogue espagnole et portugaise a été fondée par les premiers de ces colons juifs à Québec, qui étaient principalement d’origine séfarade (c’est-à-dire espagnole et portugaise) et qui ont établi la synagogue selon la tradition séfarade.

Après avoir déménagé à trois reprises et s’être déplacée vers l’ouest de son emplacement d’origine dans le quartier aisé et anglicisé du « Golden Square Mile » (qui fait aujourd’hui partie du centre-ville de Montréal), la congrégation est restée remarquablement intacte et a évolué pour servir des communautés juives d’origines diverses. Son édifice, construit en 1890, a été érigé et embelli dans un style qualifié de judéoégyptien. Les colonnes en forme de fleur de lotus ainsi que la disposition des fenêtres et des portes ont été conçues pour évoquer les origines orientales du judaïsme. Cette tendance architecturale peut être directement rattachée à l’Europe du XIXe siècle, alors que l’émancipation se profilait et que les Juifs commençaient à construire des synagogues qui inspiraient autant de respect et garantissaient les mêmes droits. La référence à l’Égypte visait à symboliser la force et la longévité, des qualités que Shearith Israel incarne encore aujourd’hui.

Aujourd’hui réputée pour son multiculturalisme, la congrégation de la synagogue espagnole et portugaise a évolué avec l’arrivée de survivants juifs de la Seconde Guerre mondiale et les vagues d’immigration juive séfarade en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à partir des années 1950. Aujourd’hui, afin de répondre aux besoins de sa communauté dynamique et culturellement diversifiée, composée de plus de 800 familles, la synagogue organise ses minyamim (services religieux) selon de nombreuses traditions liturgiques. Elle propose cinq services différents pour Rosh Hashanah, le Nouvel An juif et une fête très importante : espagnol et portugais, irakien, marocain, libanais et ashkénaze.

Tifereth Jerusalem (la « synagogue rouge »)

Le Temple Tifereth Jerusalem se trouvait à l’origine sur la rue Cartier, dans le quartier Rosemont-Petite-Patrie de Montréal, et son évolution nous révèle les complexités internes des communautés juives très soudées de la ville. Sa construction, en 1911, a été rendue possible grâce aux fidèles eux-mêmes : des artisans, des charpentiers, des plombiers et des électriciens juifs de la région, principalement des immigrants juifs russes, qui ont consacré d’innombrables heures après leur journée de travail pour donner vie à la synagogue.

Bien qu’il régnait une grande proximité entre ses membres – on raconte que le kiddouch, le repas servi après les offices du samedi matin, avait souvent lieu chez divers fidèles –, il y avait également de nombreux désaccords concernant la direction. À la suite de ces conflits persistants, une autre synagogue fut construite à proximité. La façade blanche du nouveau bâtiment lui a valu le nom yiddish de « di Veise Schul » (la synagogue blanche), tandis que Tifereth Jerusalem a été surnommée « di Roite Schul » (la synagogue rouge) en raison de ses briques rouges.

Au fil du temps, les fidèles se sont dispersés dans d’autres quartiers et il est devenu difficile de maintenir les effectifs. En 1962, la décision a été prise de fusionner avec la communauté juive de l’est de Côte-Saint-Luc et de Hampstead. Bien que le bâtiment d’origine de la synagogue n’existe plus, la congrégation est toujours en activité aujourd’hui au sein de la communauté orthodoxe moderne et florissante Tifereth Beth David Jerusalem, ou « Baily Shul », comme on l’appelle affectueusement.

B’nai Jacob

La synagogue B’nai Jacob fut la première à être construite dans ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de quartier Mile-End. Sa construction visait à attirer les communautés juives en pleine expansion qui s’installaient de plus en plus au nord de Montréal. Construite en 1918, sa façade de style roman s’inspirait des synagogues françaises, telles que celle de Nancy et la Grande Synagogue de la Victoire à Paris, tandis que son intérieur s’inscrivait dans les styles architecturaux ashkénazes plus traditionnels de la Zone de résidence. On pense que l’architecte s’est inspiré des synagogues françaises en guise de clin d’œil au milieu canadien-français de B’nai Jacob.

L’ancien bâtiment de la synagogue abrite aujourd’hui le Collège français, qui a acquis le site en 1964, et se trouve à quelques pâtés de maisons de la célèbre boutique Fairmount Bagel. Comme c’est souvent le cas dans ce quartier et dans ses nombreux bâtiments juifs réaménagés, un texte en hébreu en relief subsiste sur l’arcade supérieure, vestige de son histoire ancienne. Alors que la population juive immigrante du Mile End commençait à s’installer dans les banlieues de Montréal, la congrégation a fusionné avec une synagogue voisine et l’a suivie vers l’ouest, dans le quartier de Snowdon. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de Chevra Kadisha B’nai Jacob.

La Congrégation Shaar Hashomayim

La congrégation Shaar Hashomayim, qui signifie « la Porte du Ciel », est la plus ancienne synagogue ashkénaze du Canada et témoigne de l’histoire complexe de l’évolution du milieu juif québécois. Bien que la synagogue espagnole et la synagogue portugaise aient accueilli les Juifs nouvellement arrivés dans la communauté au XVIIIe et au début du XIXe siècle, leurs offices suivaient le rite séfarade. À l’époque, de nombreux Juifs ashkénazes nouvellement arrivés s’intégraient à la tradition séfarade, alors dominante à Montréal. Cependant, au fur et à mesure que le XIXe siècle avançait et que de nouveaux immigrants juifs arrivaient d’Europe, le désir et la demande de pouvoir pratiquer leur culte selon la tradition ashkénaze se sont intensifiés. La communauté ashkénaze, en pleine expansion, s’est réunie pour la première fois en 1846, sous la forme de la « Corporation of English, German and Polish Jews », et a ouvert sa première synagogue spécialement construite à cet effet en 1859, sur la rue Saint-Constant (aujourd’hui rue de Bullion), juste à l’est de l’actuel quartier chinois. À mesure que la congrégation s’agrandissait, un édifice plus imposant a été construit dans le « haut de la ville », sur l’avenue McGill College, et consacré en 1886.

Pour accueillir sa congrégation en constante expansion, la synagogue Shaar a déménagé en 1922 vers l’ouest, dans le quartier de Westmount à Montréal, où elle se trouve encore aujourd’hui. Alors que son ancien édifice de l’avenue McGill College symbolisait l’essor de la communauté ashkénaze par la grandeur de son style romano-Byzantin incontournable, ses vitraux complexes et ses minarets imposants, la magnificence de son emplacement actuel à Westmount témoigne du succès continu de sa congrégation. Au-delà de son envergure considérable, la synagogue est également reconnue aujourd’hui comme étant la plus grande synagogue de Montréal. Véritable centre dynamique de la communauté orthodoxe moderne, elle est connue bien au-delà de la communauté juive pour son chantre et sa chorale lauréats d’un prix Grammy, ainsi que pour ses liens avec Leonard Cohen, dont le grand-père et l’arrière-grand-père ont été présidents de la congrégation.

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