12 juin, 2025 - 14 septembre, 2025
La chance de la débutante
Ce sont les Montréalaises Sultanna Krispil et Shannon Stride qui présentent La chance de la débutante. Cette installation textile contextuelle se veut une réponse à l’histoire du magasin de couture H. Fisher & Fils, de sa dernière propriétaire, Esther Fisher, et de l’industrie montréalaise du vêtement. L’œuvre parle aussi de l’expérience des deux artistes, à la découverte des multiples émotions suscitées par un nouveau projet.
Le Musée du Montréal juif avait demandé à Sultanna et Shannon d’imaginer une œuvre à partir de deux grandes questions : Qu’est-ce que H. Fisher & Fils (le lieu, son histoire) vous inspire? Que voulez-vous que les passant·e·s voient, sachent ou ressentent par rapport à ce lieu? Quand le duo s’est plongé dans les histoires orales de la boutique et les documents d’archives, les réponses ont commencé à émerger.
De la fin des années 1990 à 2022, c’est Esther Fisher qui tenait le magasin. Elle en avait repris les rênes à un âge plus que mûr, après la mort de son mari. Sa façon de raconter ses débuts comme propriétaire – son humour, son enthousiasme, ses inquiétudes, ses problèmes et ses réussites – est devenue source d’inspiration pour Shannon et Sultanna. Faite de superpositions, leur œuvre d’art textile mêle un éventail de symboles et de matériaux. Ce faisant, elle tisse des liens entre l’expérience d’Esther et leur expérience comme artistes travaillant sur leur première installation.
Chaque couche de l’œuvre étant porteuse d’un sens à part entière, La chance de la débutante offre une représentation ludique et colorée des tensions historiques et affectives entre un lieu et son passé. Deux panneaux de tapis illustrés encadrent l’œuvre dans la vitrine. Sultanna s’est inspirée du langage des porte-bonheur pour créer un code visuel autour des talismans de protection, qui la relient (et nous relient) à Esther. Certains des talismans sont immédiatement reconnaissables (un trèfle à quatre feuilles, une Magic 8-Ball); d’autres sont spécifiques à la vie d’Esther et à la boutique : des souliers de course New Balance, des ciseaux de couture. Un peu plus loin dans la vitrine, on découvre deux tapisseries tissées à la main par Shannon Stride, à partir de rubans à mesurer trouvés sur les tablettes du magasin. L’artiste évoque ainsi les artisan·e·s, les travailleurs et les travailleuses juifs et juives qui ont longtemps fait tourner l’industrie du textile sur la Main – tout en intégrant leurs outils de travail à même l’œuvre.
Un fragment de l’écriture d’Esther vient couronner l’installation. Prélevé sur les murs de la boutique et assemblé selon des techniques d’appliqué, la liste d’Esther se présente comme une note énigmatique. La séquence dégage une impression d’intimité : un témoignage de son parcours à travers le monde, une stratégie pour en préserver la cohésion. En plaçant Mme Fisher au cœur de l’œuvre, La chance de la débutante devient un registre discret de ce qui fut autrefois : une preuve subtile qu’ici a pris naissance quelque chose de significatif. La chance de la débutante est la première installation présentée dans la vitrine Fisher, marquant le début d’une année d’interventions artistiques contemporaines s’inspirant de la culture et du patrimoine juifs en lien avec cette célèbre devanture.
En collaboration avec
Cette installation a été réalisée dans le cadre du programme de subventions du Collectif des arts du Montréal juif (CAMJ), rendu possible grâce au soutien de CANVAS, de la Fondation Azrieli, de la Fondation de la famille Averbach et de la Fondation canadienne des relations raciales.



Artisane et conservatrice, Shannon Stride écrit aussi sur les arts. Elle habite Montréal / Tiohtiá:ke / Mooniyang. Elle est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art (Université Concordia) et d’un baccalauréat en études contemporaines et en études sur le genre et les femmes (Université de King’s College). En tant que conservatrice à S.A. Jarislowsky Investments, elle est responsable d’une collection diversifiée d’art canadien et d’art québécois. Elle a édité les livres numériques Guide to Studying the Visual Arts in Canada (2023) et Craft and Craftivism (volumes 1 à 3, 2025). Comme développeuse de contenu métiers d’art à la Fédération canadienne des métiers d’art, elle écrit aussi sur l’artisanat contemporain. Son travail se définit par un engagement vis-à-vis de l’accessibilité dans les arts et des histoires de l’art féministe. Dans ses temps libres, elle aime apprendre de nouvelles techniques en art textile et découvrir des façons de créer à la main.
Sultanna Krispil est une artiste multimédia qui vit à Montréal. Au confluent de la performance, du cinéma et des arts visuels, sa pratique tourne souvent autour de l’identité, de la mémoire et de la famille. Elle s’intéresse particulièrement aux échos ancestraux des récits personnels, qui bourdonnent sous la surface de l’existence contemporaine. D’origine juive marocaine, cette enfant de troisième culture déploie dans beaucoup de ses œuvres un processus d’écoute – d’une chronologie, d’une langue et d’une génération à l’autre. Parmi ses œuvres récentes, citons le documentaire Sultanna is a Moroccan Jew Who Makes a Moroccan Rug (2023) et le spectacle à deux voix Felt Cute Might Delete Later (2022). Sultanna est titulaire d’un baccalauréat en études narratives et en sciences humaines appliquées (Minerva University).
Ces deux artistes sont d’anciens bénéficiaires du programme de micro-subventions pour l’exploration créative et culturelle du Musée juif de Montréal.
ARTISTES
Sultanna Krispil, Shannon Stride
DIRECTRICE ARTISTIQUE
Alyssa Stokvis-Hauer
INFOGRAPHIE
Austin Henderson
ORGANI
Taryn Fleishchmann Austin Henderson
Alyssa Stokvis-Hauer
TRADUCTION
Sophie Boivin-Joannette



