Description
À la fois un pionnier du judaïsme réformé au Canada, un fervent sioniste, un protecteur des droits des travailleurs, un intellectuel accompli et un promoteur des relations interreligieuses, Harry Stern (1897-1984) est né à Eragoly, en Lituanie. À la suite des pogroms de 1905, sa famille décida de fuir l’Europe de l’Est et elle immigra aux Etats-Unis, où elle s’installa en Ohio. En 1927, il s’établit à Montréal pour y diriger le Temple Emanu-El, la première synagogue réformiste à Montréal.
Stern arriva à Montréal au moment où un important conflit éclata entre les ouvriers du domaine du textile et leurs employeurs, dont plusieurs faisaient partie de sa propre congrégation. À l’époque, plus de 32 p. cent de ces travailleurs étaient des Juifs ; ceux-ci réclamaient de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire. Stern se porta à leur défense en s’impliquant dans plusieurs négociations entre les deux parties. Il condamna les riches industriels pour la façon dont ils traitaient leurs coreligionnaires du downtown, au point où il les traita d’« antisémites juifs ».
Stern se dévoua aussi aux relations entre Juifs et Chrétiens. Il tissa des liens avec le clergé catholique et protestant et en 1942, il fonda l’Institut pour le clergé et les éducateurs religieux où des membres de chaque groupe échangeaient à propos de leurs traditions religieuses respectives. Au cours des années 1950 et 1960, il organisa chaque année des Fellowship Dinners auxquels prenaient part des personnalités juives et non-juives, dont le Maire Jean Drapeau, le Cardinal Paul Émile Léger et même Martin Luther King, Jr. Stern réalisa ces activités à une période où certains juifs estimaient que le le réformisme n’était pas légitime. À partir de 1967, le Prix Rabbi Dr. Harry J. Stern fut créé en son honneur. Ce prix était décerné à un individu qui a grandement contribué à une meilleure compréhension entre les individus de différents groupes culturels et religieux. Afin de rendre compte de son importance dans la société québécoise, une montagne des Laurentides fut nommée en son honneur lors de sa mort en 1984!
Stern tenta de combattre l’antisémitisme au sein du clergé catholique et de la population québécoise et il dénonça publiquement le nazisme et les atrocités commises en Europe contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Fervent sioniste, il participa en 1944 à la création du Conseil Chrétien pour la Palestine, organisme par lequel les sionistes espéraient sensibiliser le clergé chrétien à leur cause. Harry Stern fut délégué canadien au premier Congrès juif mondial à Genève en 1936 et il siégea sur le Executive Board of Central Conference of American Rabbis.
Par Valérie Beauchemin.
Sources
Michael, Brown. « Zionism in the Pre-Statehood Years: The Canadian Response » dans Ruth Klein and Frank Dimant (dir.), From Immigration to Integration: the Canadian Jewish Experience. North York : Institute for International Affairs, B'nai Brith Canada. 2001.
Clearter, Kenneth Irving et Harry Joshua Stern. Harry Joshua Stern: A Rabbi’s Journey. New York : Bloch Publishing Company.
Graham, Joseph. Naming the Laurentians. A History of Place Names « up north. » Montreal : Les Éditions Main Street Inc.
Medresh, Israël Le Montreal juif d’autrefois. trad. du yiddish par P. Anctil. Sillery : Éditions du Septentrion.
Saperstein, Marc « The Academic Study of Canadian Jewish Preachers » Jewish History 23.23 (2009) : 107-116.
Tulchinsky, Gerald. Canada’s Jews: A People’s Journey Toronto : University of Toronto Press.
*Les images proviennent des Archive de la Bibliothèque publique juive.